Sandrine Rousseau : « Renforcer les forces en présence et trouver de nouvelles pépites ! »

La vice-présidente du Conseil régional en charge de l’enseignement et de la recherche nous explique le devenir de la recherche régionale. Comment se porte la recherche dans la région ? Nous avons des chercheurs qui sont bons, malgré la faiblesse de leur nombre par rapport à la moyenne nationale. Nos chercheurs publient beaucoup. Nous nous distinguons des autres régions par le fait que nous avons peu de grandes stars individuelles, mais des équipes très fortes, en chimie, biologie et santé, mathématiques, physique, sciences humaines et sociales (SHS), etc. Le fait que nous n’ayons pas spécialisé la recherche très tôt nous permet de nous en sortir. On note quand même un regroupement des forces, une spécialisation de la recherche par domaine Un mouvement de spécialisation engagé aux niveaux national et international. Notre idée est de miser sur des équipes déjà bonnes, mais aussi en devenir, miser sur l’avenir à 5/10 ans. Le rapprochement des universités de Lille et la spécialisation des autres campus va permettre d’offrir un paysage plus cohérent de la recherche, et de monter en visibilité. Pour l’instant, les publications à cheval entre Lille 1, Lille 2 ou Lille 3 comptaient dans le palmarès de l’une ou l’autre des universités, une dispersion des forces, et, de ce fait, notre absence du classement de Shanghai. En rassemblant les forces, nous produisons une publication unique ! Mais nous ne devons pas nous contenter des forces que nous possédons actuellement, une photographie sur laquelle nous nous arrêterions. Nous devons garder des forces pour les années qui suivent, des crédits pour les projets en devenir. À toujours privilégier la recherche applicable dans l’entreprise, donc plus lucrative, ne risque-t-on pas d’oublier la recherche fondamentale, ainsi que les SHS ? Nous devons être vigilent à financer du fondamental jusqu’à l’appliqué, c’est pour cela que nous devons miser sur 10 ans : la recherche appliquée de demain, c’est la recherche fondamentale d’aujourd’hui ! Les SHS nouent peu de liens avec le monde privé, pourtant, il y a des choses à faire. On investit beaucoup sur les domaines santé, transport, énergies renouvelables, mais malheureusement encore peu sur les comportements humains. Pourtant, ces domaines posent aussi ces questions : pourquoi laisser sa voiture ? Les indicateurs de santé peu favorables dans la région viennent aussi des comportements : là encore, comment les SHS accompagnent les sciences dures ? Notre recherche sur le diabète est très puissante sur le génome et la chronobiologie, mais cela n’explique pas l’explosion de cette pathologie, qui relève des comportements. De plus en plus, les SHS vont trouver leur place. Et la place des étudiants ? Nous manquons de doctorants, la région s’avère très en retard : ici, les étudiants s’arrêtent plus tôt qu’ailleurs, il faut amener des projets de recherche dès la L1, pour créer des vocations, les intéresser dès le départ. Ils ont une vision très floue de ce qu’est la recherche. Nos écoles doctorales sont performantes, très actives, nos doctorants font bien leur job, une vraie qualité de la région. Nous devons multiplier les bourses, montrer que le doctorat ne nuit pas sur le marché du travail, il y a de l’embauche !